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日志


10月29日

EAU SECOURS

Si la campagne électorale nous avait habituée aux oxymores de Nicolas Sarkozy, son discours de clôture du Grenelle de l'Environnement, au-delà des intentions et des effets de communication, nous laisse dans le clair-obscur quant aux actes et au budget alloué pour la mise en oeuvre d'une politique qui permettrait de remettre LA VIE  au centre des préoccupations économiques.

Fallait-il s'attendre à plus de la part de celui dont l'une des premières décisions a été d'autoriser la culture du maïs MON 810 au moment même où l'Allemagne l'interdisait ?

Fallait-il s'attendre à plus  d'un homme qui après avoir fustigé les "séquelles de mai 68" des mois durant, débute son septennat par un hommage à la conférence de Grenelle dont les accords ont permis de clore le chapitre social d'un soubresaut qui fut salutaire à la société française ?

Après le Grenelle, le plus dur reste à faire. Entre les mesures proposées par les participants et les promesses gouvernementales, un écart significatif a déjà pu être constaté alors que l'ensemble des médias s'étaient soudain pris de passion pour les problèmes liés à l'environnement. Une fois l'engouement passé que se passera-t-il ?

Un Grenelle de l'Environnement qui se termine sans qu'aucun intervenant n'ait crié : "EAU SECOURS" ! Comment y croire ?

Sous pretexte que  les propositions relatives à l'environnement dans son ensemble ont un effet positif dans le domaine de l'eau, ce thème n'a fait l'objet d'aucun groupe de travail spécifique ni de travaux inter-groupes au sein du Grenelle de l'Environnement !

Le thème de l'eau a été plus que dilué alors que nous savons que la pénurie d'eau touche déjà tous les continents,plus de 40% de la population de la planète et que d'ici une vingtaine d'années, plus de 2 milliards d'hommes n'auront pas accès à l'eau potable.

"L'or bleu" se raréfie, c'est une préoccupation internationale :

  • - Des conférences internationales sont organisées  sous l'égide notamment de l'UNESCO pour trouver des solutions,
  • - Le thème de la journée mondiale de l'eau du 22 mars 2007 était "Faire face à la pénurie d'eau".
  • - Saragosse s'est jetée à l'eau : c'est dans le méandre de l'Ebre dont le delta est menacé d'assèchement, que la ville organise son exposition internationale sous le label "L'eau pour le développement durable". La participation de 95 pays,  6 millions de personnes sont attendues, à l'Expo 2008 de Saragosse qui se tiendra du 14 juin au 14 septembre. Le pavillon de l'initiative citoyenne (titre provisoire) est appelé à devenir le pavillon de l'espoir et du changement, promouvant les propositions innovantes pour résoudre les problèmes liés à l'eau.
  • - Le 5ème Forum mondial de l'eau se tiendra en 2009 à Istambul en Turquie.

L'eau est indispensable à la survie de tout être vivant. L'homme prend naissance dans un milieu aquatique. Le corps du bébé contient 85% d'eau, celui d'un adulte d'environ 70%, soit environ 48 litres d'eau pour un individu de 70 kg. L'être humain boit en moyenne, 60 000 litres d'eau au cours de sa vie. SANS EAU, PAS DE VIE !

Cet élément indispensable à toute forme de vie souffre aujourd'hui d'une pollution chronique qui ne permet plus d'utiliser le processus de collecte des eaux de pluie.  Les eaux de surface ne sont chimiquement et bactériologiquement plus potables et nécessitent des traitements coûteux. Il devient nécessaire de pomper artificiellement l'eau des nappes phréatiques profondes de plus en plus polluées également.

Déjà en 2003, un rapport des Nations Unies,  présenté lors du wwdr_fr 3ème Forum Mondial de l'eau, indiquait : "Au plan mondial, le vrai défi consiste à faire naître la volonté politique de mettre en oeuvre les engagements concernant l'eau." ( Le rapport en format PDF en cliquant sur la photo)

Il est urgent d'agir ! Des solutions existent pour satisfaire les besoins humains fondamentaux, pour protéger les écosystèmes. Beaucoup ne sont ni difficiles à mettre en pratique, ni onéreuses. Elles exigent une réorientation majeure des gouvernements.

N'attendons pas que gouvernements et gouvernants se décident, il risquerait d'être trop tard. La "révolution verte", à nous toutes et tous de la faire ! Si nous sommes assez nombreux les politiques seront obligés de suivre.

En tant que citoyen nous pouvons et nous devrions nous intéresser à l'aspect environnemental des programmes politiques. Qui nous empêche de communiquer avec les élus ?

Partout dans le monde, des éco-pionniers retournent les problèmes de l'eau en utilisant des techniques très anciennes. Des petites actions, pour changer le monde sont proposées sur de nombreux sites :

Et pour rester en contact avec notre planète, la première web-tv sur l'environnement vient de naître http://www.terre.tv/

                    logo-TerreTv

10月23日

LES ABEILLES SENTINELLES

Reprise d'article émanant de "Relais Hache" : passeur d'information

               abeillesbleues

Défendre la vie des abeilles, c'est défendre la vie de tout être vivant en danger par les pollutions physique, économique ou idéologique.

Savez-vous que BASF, géant de la chimie agricole s'est illustré en mettant notamment au point le gaz utilisé dans les chambres à gaz et le gaz moutarde ?

Savez-vous que les pratiques agricoles imposées par les grands semenciers et chimiquiers agricoles menacent les abeilles de disparition à court terme ?

Savez-vous que, comme le soulignait Albert Einstein, l'homme n'aurait aucune chance de survivre à la disparition de l'abeille ?

Savez-vous que abeilles sont indispensables à la pollinisation de 80% des espèces végétales ? dont celles que consomme l'homme ?

Savez-vous que l'Union Nationale de l'Apiculture de France a lancé une opération, "abeille sentinelle de l'environnement" à laquelle s'associent de nombreuses institutions ?

Savez-vous que le succès de cette initiative inquiète les groupes empoisonneurs qui l'attaquent de manière de plus en plus virulente ?

Savez-vous qu'une grande campagne d'intox cherche à faire croire que les causes de disparitions des abeilles restent mystérieuses, alors que les corrélations entre usage de pesticides systémiques et mortalité des abeilles est évidente sur le terrain ?

Savez-vous que vous pouvez personnellement prendre parti dans cette lutte ?

Aujourd'hui les apiculteurs de l'UNAF appellent les citoyens à signer la charte "Abeilles sentinelles de l'environnement" pour s'engager avec eux, et avec les nombreuses institutions déjà signataires, dans une bataille qui peut être gagnée dans le combat pour rendre d'autres mondes possibles.

Pour signer la charte "abeille, sentinelle de l'environnement" en ligne :   http://www.abeillesentinelle.net/

 Pour en savoir davantage  sur cette opération qui nous concerne toutes et tous : 1 clic sur la photo

                               autocollant

10月20日

QUAND JE SERAI GRAND, JE SERAI VIVANT !

 

Médecins Sans Frontières lance une campagne pour développer et étendre l'utilisation des  pâtes nutritives prêtes à l'emploi pour réduire la mortalité infantile liée à la malnutrition.

Chaque année, cinq millions d'enfants malnutris meurent avant l'âge de 5 ans, en dépit des efforts déployés par le bailleurs de fonds, les agences des Nations Unies et les organisations non gouvernementales.

Car seulement 3% des enfants les plus à risques bénéficient des aliments enrichis prêts à l'emploi. Aussi MSF lance une campagne pour une révolution dans la prise en charge de la malnutrition.

Les politiques de lutte contre la malnutrition infantile menées à l'échelon national et international sont profondément inadaptées.  Des centaines de milliers de tonnes de farines enrichies sont encore distribuées alors qu'une nouvelle génération de produits a fait les preuves de son efficacité : les pâtes nutritives prêtes à l'emploi.

Leur utilisation ne devrait pas être limitée aux enfants mourants, comme c'est le cas aujourd'hui dans les recommandations de l'OMS. Pour sauver plus de vies, les pâtes nutritives prêtes à l'emploi devraient être recommandées bien plus largement, avant que les enfants ne basculent dans les stades les plus sévères de la malnutrition aiguë.

2 vidéos sur ce sujet sont disponibles sur ce blog : "enfants malnutris au Niger" et  "le conte de fée MSF" pour expliquer la malnutrition aux enfants.

Pour accéder au dossier de cette campagne sur le site de MSF, 1 clic sur l'image.

                           campagne_malnut_gauche

10月17日

ARTEMISIA

 

Quelle santé pour demain ?

La santé de la planète et la nôtre sont liées. Car si l'Homme a sa place dans la nature, la nature est également présente en lui !

De la qualité de notre environnement, de nos aliments et de nos pensées dépend notre santé !

L'homme moderne fait de l'économie la réalité du monde, oubliant trop souvent qu'en abusant de notre Terre pour un confort apparent et éphémère il crée son propre déséquilibre et celui de la planète.

Environnement, écologie, alter santé, biodynamique, ne sont pas des modes mais un mode de vie durable vers lequel il devient urgent de s'engager. Pour nous, pour nos enfants et nos petits-enfants ....

Artemisia, 9ème salon bio, nature et bien-être est un lieu d'échange pour tous ceux qui veulent prendre le chemin d'un changement durable.

Conférence, ateliers enfants et adultes, exposants, 3 jours de découvertes au Parc Chanot à Marseille, les 27, 28 et 29 octobre 2007. Pour en savoir plus, 1 clic sur la photo.

                     imageindex

Artemisia : regroupe herbacées, arbrisseaux et arbustes souvent aromatiques de la famille des Astéracées regroupant plus de 200 genres. Le genre Artemisia (armoises) est souvent utilisé dans la fabrication du génépi et de l'absinthe. L'artemisia vulgaris ou armoise doit son nom à Artémis, déesse lunaire des Grecs. On lui attribua longtemps des vertus magiques et de ce fait la tradition voulait que pour danser devant le feu de la St Jean, on la porte en couronne sur la tête ou en guirlande autour de la taille puis qu'on la jette dans les flammes pour être immunisé des maladies durant toute l'année. Elle passait aussi pour être un talisman contre la fatigue : " qui portera armoise par le chemin ne se sentira jamais las" selon un très ancien dicton français. Depuis Hippocrate, ses indiscutables propriétés thérapeutiques concernent essentiellement la femme. En effet, les feuilles d'armoise renferment une huile essentielle dont les vertus régulent le cycle menstruel.

10月13日

DES ETOILES POUR LA TERRE

La Terre n'est plus en danger !

Des centaines d'associations, de mouvements, prennent de initiatives pour sauver la planète. Des milliers de personnes se lèvent chaque jour, après avoir pris conscience de cette nécessité.

Notre terre ne mourra pas car la prise de conscience immédiate de TOUS SES CITOYENS la sauvera.

L'opinion publique, première puissance mondiale, c'est à dire chacun d'entre nous, est aujourd'hui le seul acteur capable d'opérer le sauvetage de la planète.

100 des plus grandes stars mondiales se réuniront à Ouagadougou  du 21 au 23 novembre 2008 pour un

   1er SOMMET MONDIAL DES ETOILES POUR LA TERRE

Elles rencontreront experts et scientifiques pour agir avec les citoyens de la planète.

                etoile-1   

A l'origine de cette initiative, la Fondation Hommes de Parole.

Cette fondation neutre et indépendante est libre de toute pression politique, religieuse, idéologique ou économique. Elle se veut être un instrument unique et inédit au service de la Paix.

Elle a également organisé la rencontre israélo-palestinienne de 2003 à Caux (Suisse) et les deux Congrès Mondiaux  des Imams et Rabbins pour la Paix (2005 à Bruxelles et 2006 à Séville).

10月11日

MOBILISATION CONTRE LES FRANCHISES MEDICALES

Samedi  13 octobre, lors de la journée nationale de mobilisation contre les franchises médicales, le Collectif 13 contre les Franchises et pour l'Accès aux soins pour tous, vous invite à  assister au débat sur la protection sociale qu'il organise après la projection du film SICKO au cinéma LES VARIETES à Marseille.

L'accès aux soins pour tous mis à mal par les réformes successives (ticket modérateur, déremboursements, dépassements d'honoraires, forfait consultation, forfait hospitalier, médecin traitant, disparition des hôpitaux de proximité, etc), se trouve maintenant sous la menace des franchises dites médicales.

Les malades ne sont pas responsables de leurs maladies, le système de santé doit permettre à chacun-e-, quelle que soit sa situation sociale de recevoir les soins les plus appropriés.

La protection sociale ne peut-être que solidaire, les intérêts privés doivent en être exclus.

Début de la séance à 13h40 précises

Débat à 15h45

Cinéma les Variétés - 37, rue Vincent Scotto - 13001 Marseille

               sicko-poster-2

10月10日

MEATRIX : pour en finir avec la malbouffe

 

La version française de "Méatrix" enfin disponible en français sur le site : Meatrix international France

Un film d'animation qui  nous confronte avec humour à la dure réalité d’une globalisation de l’industrie agro-alimentaire.

Meatrix, jeu de mots entre matrix et meat (viande), pour mieux comprendre les dégâts de l'agriculture industrielle.

Le site propose ensuite des alternatives pour une santé et une vie durables au travers d'une agriculture à taille humaine et environnementalement correcte. Notamment : Une liste d'organisations françaises oeuvrant pour l'agriculture durable.

Car il est urgent d'agir tant que nous en avons encore le choix.

 

                            Meatrix

CALCULEZ VOTRE EMPREINTE ECOLOGIQUE

 

Agir21 est un réseau de professionels et d'associations oeuvrant dans le but de donner à chacun des moyens pour devenir acteur d'une société plus équitable et respectueuse de l’environnement. 

Des outils interactifs à utiliser en ligne ou a télécharger gratuitement à utiliser comme indicateurs d'un mode de vie durable.

Un clic sur l'image et c'est parti, attention, les résultats pourraient vous choquer et provoquer une réflexion profonde....

 

             calculezEE

EL CHE VIVE !

 

                    che3_21

Quarante ans après son assassinat, Le Che est devenu l'étendard de toutes les libérations !

Son engagement aux côtés des exploités, sa vision planétaire des combats à mener et sa recherche d'un chemin pour faire naître une humanité nouvelle  ont fait de lui l'ambassadeur de la révolution.

Médecin, guérillero, économiste, ministre de l'Industrie, théoricien politique, écrivain, c'était avant tout un REBELLE qui considérait qu'un véritable révolutionnaire est celui qui considère comme des problèmes personnels les grands problèmes de l'humanité.

Homme politique qui agissait comme il pensait, il a pris les armes convaincu que la révolution armée était la seule façon de venir à bout des inégalités socio économiques d'un système où le plus grand nombre est exploité et opprimé par la classe des possédants.

Ses divers voyages et expériences au travers d'une Amérique latine où la pauvreté des peuples était extrême avaient aiguisé sa conscience politique. C'est ainsi qu'il en vint à penser : " Ce que nous devons conquérir, la souveraineté du pays, nous devons l'enlever à quelqu'un qui s'appelle le monopole".

Traqué par la coordination des dictatures du plan Condor, Ernesto Che Guevara a éta capturé le 08 octobre 1967 dans le village bolivien de Vallegrande. Il a été exécuté le lendemain par l'armée régulière bolivienne.

Il avait 39 ans, le Che entrait dans la légende car comme l'a si bien écrit Fidel Castro dans une de ses réflexions de mai 2007 : "Les idées, ça ne s'abat pas".

                            Che_guevara

Quelques unes de ses citations :

"Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre coeur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire."

"Soyez réalistes : demandez l'impossible."

"L'ONU est d'une inefficacité qui confine au ridicule et au tragique; les armées de tous les pays d'Amérique sont prêtes à intervenir pour écraser leurs peuples."

"Si le communisme ne devait pas conduire à la création d'un homme nouveau, il n'aurait aucun sens."

Ernesto Che Guevara - 1928-1967

10月7日

LE VIGNAL DE LA BIO

 

Le site de l'association le Vignal de la Bio bourré d'informations sur le sujet, lance un annuaire interactif de tous les acteurs de la BIO en France.

Cet annuaire permet de trouver sur internet tous les acteurs de la Bio dans le sens large du terme c'est à dire "la vie"  mais aussi les événements autours de la Vie, grâce à un moteur de recherche spécifique.

Totalement en opposition avec l'idée de la croissance telle que notre société libéraliste la développe ainsi qu'avec l'illusion du développement durable, Le Vignal prône une nouvelle organisation humaine en direction du vivant.

L'objectif est de créer des passerelles sociales et commerciales pour un mouvement qui protège le vivant dans une dynamique de "décroissance bonheur".

Une initiative à encourager par  tous ceux qui ont le désir d'agir pour un mode de vie durable.

                           Logo_2_Vignal

SPECIAL CONCUSSION* EDF-GDF par COMAGUER

 

Reprise d'un article révélateur trouvé sur le site de René BALME

*Concussion : subst. fém. Malversation d’un fonctionnaire qui ordonne de percevoir ou perçoit sciemment des fonds par abus de l’autorité que lui donne sa charge.

Le quotidien « LA TRIBUNE » a publié les 18 et 19 Septembre un récit détaillé de la « fusion » SUEZ-GAZ DE France.

Consultable en ligne sur le site Internet du journal, ce document révèle que si le terme « fusion » est acceptable en termes de droit commercial, il ne peut cacher la réalité d’une OPA politique et de la cession d’une entreprise d’Etat à un groupe privé.

COMAGUER  a simplement souligné –en rouge – les passages les plus instructifs dont il tire trois enseignements principaux :

-          l’avocat d’affaires SARKOZY DE NAGY BOCSA  est un employé du grand Capital qui brade le patrimoine national à son « ami-liardaire » ALBERT FRERE  en 20 minutes. Il a « souhaité » que l’Etat conserve 40 % du capital de GDF mais il oubliera vite et ce n’est pas lui qui commande.

-          THIERRY BRETON nouvel employé de la banque ROTSCHILD s’est comporté au Ministrère des Finances comme l’employé du grand Capital qu’il est maintenant devenu

-          Les directions syndicales ont de mauvaises fréquentations : rencontrer un ministre une fois pour discuter de l’avenir d’une entreprise publique et pour, on imagine, s’y opposer est une chose, le rencontrer des dizaines de fois, c’est du concubinage

Ceci se passe en  France, aujourd’hui, sous nos yeux !

 L’histoire secrète du mariage

entre GDF et Suez

La Tribune 18 et 19 Septembre 2007

Gérard Mestrallet en rêvait depuis 2004. Le pouvoir politique lui avait fait savoir que la privatisation de Gaz de France était impossible avant l’élection présidentielle. Le patron de Suez va profiter d’un faux pas de son rival, Henri Proglio, le PDG de Veolia, pour forcer le destin…

Surtout continuez à travailler le dossier GDF. On ne sait jamais. ” Lancé d’une façon anodine, le conseil de Gérard Mestrallet stupéfait l’assistance. Ils sont une poignée de collaborateurs et de banquiers en cette fin d’automne 2005, réunis pour mettre la dernière main à l’OPA sur les derniers pour-cent d’Electrabel. Pour eux, l’opération est terminée. Et les autres projets de Suez leur semblent appelés à rester en suspens pendant de longs mois. Surtout celui d’un éventuel rapprochement avec Gaz de France. Dès la rentrée, l’avertissement des pouvoirs politiques à tous les niveaux a été clair : pas question de privatiser GDF avant l’élection présidentielle. Impossible, selon eux, de passer outre ce veto politique. Pourtant, le PDG de Suez y croit encore. Ce mariage avec GDF, il y travaille depuis deux ans. Il le veut. Et il est prêt à beaucoup pour forcer le destin.

MARIAGE SUR LE PERRON.

Ce dimanche 15 janvier 2006, Henri Proglio, PDG de Veolia, a rendez-vous à Bercy avec Thierry Breton. Il a un projet à présenter au ministre des Finances : une OPA sur Suez ! Inspiré par Alain Minc, il se propose avec l’italien Enel de racheter le groupe, son ennemi de toujours. Tout est prêt, les montages, les financements et le partage. Enel reprendrait l’électricité de Suez, Veolia, les activités environnement à l’étranger et des fonds sont partants pour racheter la partie française de l’environnement. ” Je ne sais pas si c’est très opportun. En pleine bataille entre Arcelor et Mittal. L’opinion est inquiète. Alors un rachat de Suez ? ” répond Thierry Breton.

Le ministre ne dit ni oui ni non mais s’empresse d’avertir l’Élysée et surtout Gérard Mestrallet. Une première dans les annales de Bercy, habitué jusqu’alors à ne pas trahir le secret des affaires.

Le PDG de Suez jubile presque après l’appel de Thierry Breton. Il tient enfin l’occasion pour faire avancer son projet de fusion avec Gaz de France. Il ne la laissera pas s’échapper. En quelques jours, la machine Suez se met en marche. D’abord convaincre les politiques. ” Il faut sauver Suez de l’italien Enel “, répète partout Gérard Mestrallet, jouant à fond la fibre du patriotisme économique, rappelant la nécessité d’avoir un grand groupe gazier, pour contrer Gazprom, alors en pliene guerre avec l’Ukraine. L’Élysée est vite convaincu. Jacques Chirac convoque Henri Proglio et lui demande d’arrêter tout de suite toute tentative contre Suez. Le PDG de Veolia obtempère. Le président de la République souhaite-t-il aller au-delà pour préserver Suez ? Pas vraiment. Il n’a jamais beaucoup goûté aux meccanos industriels, encore moins en cette fin de mandat. Mais Dominique de Villepin, des conseillers de Matignon et de l’Élysée et Thierry Breton sont persuadés qu’il faut saisir cette opportunité et se rallient à l’argument de Suez : la seule façon de protéger le groupe est de le rapprocher de Gaz de France. Son président, Jean-François Cirelli, nommé par la volonté de Chirac quelques mois auparavant, est prié d’épouser le projet sans discuter. Pendant ce temps, les banquiers s’affairent, dans la plus grande discrétion. Une première solution est imaginée : chaque groupe prendrait 10 % du capital de l’autre. ” Pas question de participations croisées “, rétorque le conseil de Suez. Le rachat par Suez de tout le flottant de GDF - environ 30 % - contre une prise de participation de 10 % de l’entreprise publique dans le groupe privé est lui aussi repoussé. Bercy, avec l’aide de Michel Pébereau (BNP Paribas), propose, lui, un échange de participations d’environ 35 % entre Gaz de France et les seules activités énergie de Suez.

Ignorant tout des projets en préparation, Fulvio Conti, le patron d’Enel, lui, s’impatiente. Furieux d’avoir été abandonné par Henri Proglio, il veut malgré tout continuer et mettre la main sur l’électricité belge. ” Suez m’intéresse “, lâche-t-il abruptement le 22 février. Il n’a pas prévu la riposte en gestation. Plus rapide qu’il ne l’avait imaginé : Suez a eu un mois et demi pour se préparer. Le 23 février, Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli signent un pacte pour se répartir les pouvoirs dans la future organisation, dans une parfaite entente : les missions sont équitablement distribuées. L’accord étant fait entre les deux groupes, le pouvoir politique peut avancer, prendre la posture de la défense économique nationale devant l’imminence du danger. D’autant que les médias ont pris le relais. On ne parle plus que de la bataille en préparation autour de Suez.

Rendez-vous est pris à Matignon le samedi 25 février au matin. Conseillers et banquiers présentent alors ce qu’ils ont imaginé, le schéma de prise de participations à hauteur de 35 % défendu par Bercy. ” Trop compliqué “, tranche Dominique de Villepin. Et le Premier ministre part s’enfermer dans son bureau. Personne ne sait ce qu’il va décider. En début d’après-midi, les présidents des deux groupes sont convoqués. ” Ce sera une fusion complète à parité entre Suez et Gaz de France “, tranche-t-il, d’un trait de plume, sans avoir pris l’avis de personne. La méthode Villepin. Le désir de contrer l’Italie de Silvio Berlusconi paraît plus pressant que la vision industrielle. Une heure plus tard, sur le perron de Matignon, Dominique de Villepin annonce la privatisation de GDF. Le ton est grandiloquent. À ses côtés, les deux présidents apparaissent empruntés. C’est le péché originel de cette fusion, marquée au fer rouge du politique.

Jean-François Cirelli, qui a défendu un échange de participations, est sonné. Ses projets s’envolent. GDF ne sera plus une entité autonome. Gérard Mestrallet est aux anges. Jamais il n’avait osé en espérer tant, même si en coulisses, Suez a beaucoup défendu le principe d’une fusion totale. À certains de ses administrateurs qui s’inquiètent d’une fusion avec un groupe soumis encore à un fort contrôle étatique, au moins sur les prix, le PDG de Suez tient des propos très arrêtés : ” Les prix réglementés chez GDF vont permettre de demander une prime supplémentaire pour les actionnaires de Suez. Après juillet 2007, c’est la libéralisation.. Je n’hésiterai pas alors à prendre à témoin la Commission sur le sujet. Elle s’est déjà prononcée contre les tarifs réglementés. “

LECONS DE LOBBYING

Suez n’est pas l’héritière de la Lyonnaise des Eaux pour rien. La fusion à peine annoncée, le groupe met en branle tous ses réseaux pour défendre son projet avec GDF. Une campagne de séduction tous azimuts débute, vers les élus locaux, les députés, Bruxelles, mais aussi les syndicats. Le gouvernement comme les présidents des deux groupes craignent les réactions des représentants sociaux, qui pourraient mal réagir. C’est un de leurs derniers bastions qui est attaqué.

Une vaste offensive de charme est déployée. Le président de Suez reçoit François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, pour lui expliquer les bien-fondés du projet. La CGC et la CFTC font l’objet de toutes les attentions. Mais il y a la CGT, qui doit réunir son congrès en mars. Jean-François Cirelli est chargé de déminer le terrain social, dans l’entreprise et avec la CGT énergie. On met les formes, on multiplie les réunions. Thierry Breton assiste lui-même à plus de trente-cinq d’entre elles. Fin mars, tous soufflent. Le congrès de la CGT s’est passé sans heurt. Il n’a même pas été question de la privatisation de GDF. La polémique sur le CPE a monopolisé le débat. Droite, gauche, syndicats, tout le monde s’invective. Pendant ce temps, on oublie Gaz de France. Dans les coulisses, pourtant, les échanges deviennent plus musclés entre les deux groupes. Gérard Mestrallet estime qu’il a fait trop de concessions à Jean-François Cirelli dans le pacte du 23 février. Il veut revenir sur certaines, s’assurer les pleins pouvoirs. Le président de GDF, soutenu par l’Élysée et Matignon, veut un conseil de surveillance et un directoire. Mestrallet refuse. Il souhaite être seul aux manettes, en tant que PDG. ” Regardez comment cela se passe chez Safran “, explique-t-il au pouvoir, à un moment où celui-ci commence à s’alarmer des querelles permanentes entre les deux dirigeants du groupe aéronautique. Thierry Breton est d’accord et se charge d’obtenir le feu vert de l’Élysée. Quelques jours plus tard, le verdict tombe : Mestrallet sera PDG du futur ensemble. Première défaite pour Cirelli. Mais le ressentiment est aussi grand chez GDF. L’entreprise publique se sent trahie par sa tutelle. ” Pourquoi Bercy rend-il tous ses arbitrages contre nous, contre nos intérêts ? ” s’interroge-t-on dans les couloirs.

L’UMP SE REVOLTE

Ce week-end de l’Ascension, en voyage au Brésil avec le président de la République, en compagnie d’autres hommes d’affaires, de Philippe Douste-Blazy et Thierry Breton, Gérard Mestrallet est heureux. Il a reçu les paroles des plus rassurantes de Jacques Chirac. ” J’ai eu Barroso [le président de la Commission européenne] au téléphone. Il est pour la fusion. Bruxelles demandera des concessions minimes. ” ” Si tout continue comme cela, la fusion est achevée en juillet “, affirme le PDG de Suez à ses proches. Resté en France, Jean-François Cirelli, lui, est plus inquiet et appelle Gérard Mestrallet : ” Ça coince “, prévient-il.

Une sourde campagne a commencé au sein de l’UMP. L’échec du CPE a laissé des traces. Dominique de Villepin en sort affaibli. La guerre entre le Premier ministre et Nicolas Sarkozy a commencé. Les députés ne veulent plus entendre parler d’un seul projet du gouvernement. Encore moins de la privatisation de GDF, dont, en tant qu’élus locaux, ils redoutent les conséquences sur leur électorat. La grogne monte. Et Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, ne fait rien pour calmer les troupes. Officiellement, il n’a rien dit sur la fusion GDF-Suez. Mais il n’a pas manqué de faire savoir tout le mal qu’il pensait de ce projet, voulu par Villepin. Il le considère comme une offense personnelle, puisqu’il revient sur l’engagement personnel qu’il avait pris en 2004 de ne pas privatiser l’entreprise gazière.

” Hors de question de voter le texte sur la privatisation de GDF ” , commencent à dire certains députés. Dominique Paillé (UMP) mène la fronde à l’Assemblée nationale. Mi-juin, Bernard Accoyer, président de l’UMP à l’assemblée, se fait le porte-parole de la rébellion : ” Les conditions n’y sont pas “, dit-il. ” C’est plié. La fusion est morte “, pense-t-on chez Suez et GDF. Défait par son adversaire, Dominique de Villepin se désintéresse du sujet. Gérard Mestrallet, lui, dit encore y croire. Mais il est bien le seul, et ne donne pas de signe extérieur pour montrer qu’il y tient. Lors de la finale de la Coupe du monde de football, tous remarquent l’absence de Jean-François Cirelli dans la loge de Suez. Il n’a pas été invité.

BRETON SUR TOUS LES FRONTS.

Que cherche Thierry Breton ? La place de Premier ministre ? Une situation après son passage ministériel ? À Bercy, les interrogations se multiplient, à voir le ministre des Finances reprendre à bras-le-corps le dossier de la fusion. Au gouvernement, il est le dernier à s’investir dans le dossier. Mais il ne ménage pas sa peine. Un par un, il rencontre ou appelle les députés. Il n’hésite pas même à se rendre dans le bureau de l’Assemblée des plus importants pour leur parler. Un geste qui marque auprès des élus, plutôt habitués à se faire convoquer à Bercy. À chaque fois, il explique le bien-fondé de la fusion. À GDF, cependant, on a noté avec inquiétude l’inversion du discours. Il ne s’agit plus d’éviter à Suez un dépeçage mais de sauver GDF, le tout petit gazier, sans avenir. Le premier distributeur de gaz européen, malgré tout.

Même assaut de charme auprès des syndicats. Il rencontre les dirigeants, ne sèche aucune réunion des syndicats de l’énergie. Dans sa conquête de l’opinion, il ne néglige aucun détail. ” Faites des campagnes dans les journaux, ordonne-t-il à GDF. En été, ils n’ont pas de publicité. Ils s’en souviendront. Cela ne pourra que les mettre dans de bonnes dispositions à l’égard de la fusion. “

Peu à peu, il a le sentiment de regagner du terrain. D’autant que le 15 août, Nicolas Sarkozy a donné du bout des lèvres son accord à la fusion, au détour d’un entretien télévisé. ” La voie est ouverte “, assure le ministre des Finances à Jacques Chirac. Il obtient à l’arraché une session extraordinaire début septembre pour faire voter la privatisation de GDF. Prise de court, sans soutien syndical, l’opposition n’a pas d’argument réel à faire valoir. Ou un seul : l’obstruction parlementaire. Plus de 137.000 amendements sont déposés ! Le débat s’enlise. Mais, jour et nuit, Thierry Breton est sur les bancs pour défendre la privatisation. Le 3 octobre, il finit par l’emporter. Tous les obstacles semblent désormais abattus. ” Sans son acharnement, la fusion GDF-Suez n’aurait jamais pu voir le jour “, constate aujourd’hui un proche du dossier.

L’histoire secrète du mariage entre GDF et Suez

Le Conseil constitutionnel met un terme à la fusion voulue par Villepin. Nicolas Sarkozy demande que le dossier soit enterré pendant la campagne électorale. Il tranchera après. Tout se conclut en vingt minutes lors d’un entretien avec Albert Frère, premier actionnaire de Suez.

 L’OMBRE DE PINAULT

Il est minuit ce 12 octobre, à Bruxelles. Dans les bureaux de la Commission, Nellie Kroes et Gérard Mestrallet savourent un verre de vin italien. Le compromis sur les remèdes demandés par la direction de la concurrence est conclu. ” On s’en tire bien. Bruxelles aurait pu demander beaucoup plus “, souffle-t-on chez Suez. Mais Gérard Mestrallet goûte à peine cette victoire. Il a l’esprit ailleurs. En début de soirée, on l’a averti qu’un article allait sortir dans Les Échos, détaillant par le menu le plan d’attaque de François Pinault sur son groupe. L’homme d’affaires, reprenant l’idée d’Alain Minc, est allé voir l’Enel pour lui proposer une OPA sur Suez. Après avoir hésité, l’électricien italien a décliné l’offre. Qu’importe ! François Pinault s’est pris d’intérêt pour ce dossier, qui recèle, selon lui, d’énormes plus-values. Ses banquiers, dont Jean-Marie Messier, conseiller de Suez par ailleurs, lui ont fait des schémas de découpage. Lui, gardera l’environnement. Il a même tâté le terrain auprès de GDF pour voir si une entente était possible. À l’Élysée, on ne décolère pas contre les coups de l’ami du président : ” Après Arcelor, Suez , cela fait beaucoup. ” Celui-ci s’en moque. Il est persuadé que, s’il réussit, l’État finira par se rallier à sa solution. N’enlève-t-il pas une épine du pied à tout le monde en arrêtant cette fusion dont personne ne veut ? répète-t-il à l’envi.

Le projet de François Pinault donne des idées à beaucoup. Aux actionnaires de Suez, d’abord. Avec la multiplication des rumeurs, le cours s’est envolé. Face à une OPA qui pourrait leur apporter des milliards de plus-values, le dividende exceptionnel de 1 euro proposé pour la fusion ne leur convient plus du tout. ” Au moins 4 euros “, exige Albert Frère, premier actionnaire de Suez. Aux concurrents, ensuite, qui regardent les uns après les autres le dossier. Pierre Gadonneix, le président d’EDF, se prend lui aussi à rêver de Suez. Mais il n’a pas d’appui politique. Nicolas Sarkozy n’a jamais accepté de le recevoir. ” Si tu y vas, tu es mort ” , le prévient un ami. Alors EDF referme le dossier.

L’ENLISEMENT

” Il l’a fait exprès. ” Ce 23 novembre, Gérard Mestrallet ne décolère pas contre Jean-François Cirelli. Comment le président de GDF a-t-il pu commettre une telle erreur de procédure ? Les syndicats ont obtenu de la justice un renvoi de toute la consultation sociale, faute d’informations suffisantes. Le calendrier de la fusion ne peut plus être respecté. Thierry Breton est tout aussi remonté. Ce jour-là, le couperet n’est pas passé loin de la tête de Jean-François Cirelli. Seule la crainte d’un effet désastreux auprès d’une opinion publique déjà très récalcitrante à l’égard de la privatisation de GDF retient le ministre des Finances.

Jean-François Cirelli se défend pied à pied. Il rappelle la lourdeur des procédures de l’entreprise publique, le délicat déminage du terrain social. Une mission dont il s’est finalement plutôt bien tiré. Mais personne ne veut l’entendre. D’ailleurs, qui veut entendre ce qu’a à dire Gaz de France depuis le début de cette aventure ?

De l’entreprise s’exprime un malaise grandissant. Tous ont le sentiment d’être traités comme quantité négligeable face à la grande finance. Même leur tutelle les a lâchés, dès le début. ” Faites ce que Mestrallet vous dit de faire “, a ordonné Thierry Breton au PDG de GDFParachuté, n’ayant pas eu le temps de se forger une légitimité, Jean-François Cirelli tente de sauver les apparences d’une fusion entre égaux. D’où des passes d’armes continuelles avec Suez, qui revendique tout le pouvoir. Cela lui vaut une reconnaissance réelle de ses troupes. Il est le seul à les défendre. Mais, parfois, Jean-François Cirelli se dit que la vie est ailleurs.

La controverse syndicale est vite oubliée. Car un autre obstacle, imprévu, vient faire barrage à la fusion : l’avis du Conseil constitutionnel le 31 novembre. Les experts du gouvernement ont beau lire et relire le texte, aucune échappatoire n’existe. Rien n’est possible avant le 1 er juillet 2007. Les deux groupes répètent partout qu’ils maintiennent leur projet, personne ne les croit. Pendant six mois, Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli ne se verront qu’en de rares occasions, se parleront à peine. ” La fusion est morte ” , se réjouissent ses détracteurs.

LA MAIN DE L’ÉLYSEE

À tous ceux qui l’approchent pendant ce printemps 2007 pour savoir son opinion sur GDF-Suez, Nicolas Sarkozy fait la même réponse : ” Fichez-moi la paix sur le sujet pendant la campagne. Je regarderai le dossier après. ” À peine arrivé à l’Élysée, il rouvre le dossier avec ordre de tout remettre à plat. Des équipes parallèles se forment à Bercy, à Matignon, à l’Élysée. Tous se retrouvent au moins sur un constat : Gaz de France n’est pas une petite PME menacée mais un grand groupe, qui peut vivre seul.

Mais, à partir de ce constat, les avis divergent. Il y a les tenants du statu quo pour GDF, ceux qui préconisent, à l’instar d’Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, une fusion EDF-GDF, ceux qui réfléchissent à une coopération avec la Sonatrach, évoquée par Nicolas Sarkozy, ceux qui défendent la fusion avec Suez.

Jean-François Cirelli, lui, a-t-il vraiment encore envie de cette fusion ? En tout cas, il n’a pas d’autre option à présenter. Gérard Mestrallet, lui, défend la fusion, sur le même modèle qu’auparavant. À une différence près : compte tenu de l’évolution des parités, c’est un dividende exceptionnel de 5 euros au moins qu’il faut verser aux actionnaires de Suez. ” Impossible politiquement “, tranche le gouvernement. Comment justifier un versement d’au moins 6,5 milliards à des actionnaires privés pour la privatisation de GDF ? Les opposants, eux, en profitent pour souligner que l’opération n’apportera aucune sécurité énergétique supplémentaire à la France. Les contrats gaziers, c’est GDF qui les a, pas Suez. C’est sur ce terrain-là, insistent-ils, qu’il faut travailler. Va-t-on jusqu’à proposer à la Sonatrach l’accès à la technologie nucléaire civile en contrepartie de 15 % à 20 % de ses gisements gaziers algériens ? Au gouvernement, on le nie. L’idée, cependant, semble avoir été caressée jusqu’au sommet de l’État. En vain. L’entreprise publique algérienne a d’emblée opposé une fin de non-recevoir.

Qu’en pense le président ? Nicolas Sarkozy ne dit rien. Le 27 juillet, il convoque ses conseillers pour se faire exposer le dossier. L’idée d’une fusion EDF-GDF est enterrée. Trop difficile avec Bruxelles. Tout comme celle de la Sonatrach. Restent deux voies possibles, aussi défendables l’une que l’autre : GDF seul ou la fusion avec Suez. Mais, si cette dernière est décidée, le projet doit évoluer, insiste-t-on autour de la table. Bercy préconise la séparation des activités de l’environnement de Suez. La solution a le mérite à la fois de donner une lisibilité politique et industrielle au projet - la privatisation de GDF est faite pour créer un grand groupe énergétique - et de résoudre le problème des parités. Tout au long de cette séance, Nicolas Sarkozy a écouté mais n’a pas tranché.

Le verdict viendra le 2 août lors d’une rencontre avec Gérard Mestrallet au pavillon de la Lanterne à Versailles.

” D’accord pour la fusion “, indique Nicolas Sarkozy. Mais à ses conditions : 40 % pour l’État dans le nouvel ensemble, pas de dividende exceptionnel et la vente des activités environnement. Le président de Suez ne dit pas non d’emblée. Mais il a déjà un avis arrêté : pas question de vendre l’environnement. Cela reviendrait à défaire la fusion avec la Lyonnaise des Eaux en 1997 ; perdre en poids, donc en puissance, dans un monde où la taille des groupes prime. À Bercy, on est persuadé que le projet est mort.

Tout au long du mois d’août, Gérard Mestrallet tente de sortir de l’équation imposée par le président. Il discute avec les conseillers de l’Élysée, avec ses banquiers, consulte ses administrateurs. Il a bien réfléchi. Le 21 août, il envoie par lettre sa proposition : d’accord pour une mise en Bourse de Suez Environnement, mais après la fusion, et seulement de façon partielle. 20 % à 30 % seulement. ” On ne s’est pas compris “, lui répond l’Élysée.

ALBERT FRERE REBAT LES CARTES

” C’est fini. Il n’y aura pas de fusion “, pensent de nombreux conseillers à l’Élysée. Ils ne voient pas la position de Suez évoluer. Et Gérard Mestrallet a ses actionnaires derrière lui. Enfin presque tous. Il y a Albert Frère. Même s’il feint l’indifférence, le premier actionnaire de Suez veut cette fusion avec GDF. Il en connaît tout le potentiel financier et patrimonial. Et il va aller plaider lui-même le dossier auprès de Nicolas Sarkozy, ami de longue date.

Le rendez-vous a été fixé à l’Élysée mercredi 28 août en fin de matinée, juste avant le repas qui réunit les administrateurs de Suez pour préparer le conseil. ” Veux-tu ou non de cette fusion ? Quelle que soit ta décision, tranche vite “, dit d’emblée Albert Frère, jouant avec un art consommé d’une grande liberté de ton. ” Je veux bien cette fusion, mais à mes conditions “, répond Nicolas Sarkozy.

Dès lors, tout va très vite. Les deux hommes passent en revue toutes les questions. L’État à hauteur de 40 % ? ” Impossible, rétorque Albert Frère. Le gouvernement belge et Bruxelles ne l’accepteraient pas. ” L’État, pour lui, doit rester à hauteur de 34 % comme prévu au départ. La vente de Suez Environnement ? Albert Frère, partisan depuis longtemps de cette cession, est plus que favorable. Il suggère une distribution d’actions gratuites aux actionnaires, ce qui résoudrait le problème du dividende exceptionnel. Les deux tiers voire la totalité du capital pourraient être mis en Bourse. La solution convient à Nicolas Sarkozy. La gouvernance ? Le schéma serait maintenu, comme dessiné au départ. En vingt minutes à peine, tout est arrêté.

Mais il faut encore convaincre le conseil de Suez. Albert Frère est à peine sorti de l’Élysée que François Pérol, le secrétaire adjoint de l’Élysée qui a supervisé tout le dossier depuis le départ, appelle. Il joint Anne Lauvergeon (Areva), René Caron (Crédit Agricole) et Edmond Alphandéry (CNP), tous administrateurs de Suez, pour leur expliquer l’accord trouvé entre Albert Frère et Nicolas Sarkozy. Le message est passé. Quand commence le déjeuner, Gérard Mestrallet réexpose sa position, dit son refus de céder l’environnement. Il pense qu’il existe encore des marges de négociation pour faire la fusion, sans céder sur ce sujet. Mais, cette fois, le conseil n’est plus unanime. ” N’est-ce pas dommage de compromettre cette fusion à cause de l’environnement ? Peut-on vraiment refuser ce que demande l’Élysée ? ” disent en substance René Carron, Anne Lauvergeon et Edmond Alphandéry. Les discussions s’engagent. L’idée d’une distribution gratuite des actions de l’environnement refait surface. Albert Frère ne dit rien. Mais Gérard Mestrallet comprend qu’il n’a plus tout son conseil derrière lui. À la fin du repas, les trois administrateurs reviennent à la charge sur le risque de faire rater la fusion en s’opposant à l’Élysée. ” Ils ont tous quelque chose à demander à l’État “, ironise aujourd’hui un autre administrateur, opposé à la vente de l’environnement.

Malgré les fissures au sein de son conseil, Gérard Mestrallet résiste. Mercredi soir, il n’est toujours pas décidé à céder plus qu’une minorité. Les discussions s’éternisent avec l’Élysée. Les administrateurs rappellent. Très lentement, un compromis s’esquisse. Le jeudi matin, rien n’est encore fixé. Lors de la présentation de ses résultats semestriels, Gérard Mestrallet ne peut qu’avancer des réponses alambiquées. Il veut et il ne veut pas céder l’environnement, cherche les moyens de transiger. La pression augmente. L’après-midi, Nicolas Sarkozy lance abruptement au Medef : ” Que les actionnaires de Suez décident. ” L’avertissement est sans appel. Après la réunion du Medef, Gérard Mestrallet rencontre le président de la République. Finalement, il accepte. 66 % du capital de Suez Environnement sera mis en Bourse, mais Suez en conservera 34 % et il y aura un pacte d’actionnaires pour garantir la stabilité du capital du groupe pendant trois ans. À l’Élysée, on est un peu étonné de cette solution : ” Pour les actionnaires, il nous semblait qu’il aurait été mieux que 100 % soient mis en Bourse tout de suite, afin de créer le maximum de valeur. Enfin, s’ils veulent comme cela. ” Une des conclusions étranges de ce compromis est que l’État, sans l’avoir demandé, va obtenir un rôle déterminant sur l’avenir de cette activité, si sensible politiquement.

Désormais, le reste ne relève plus que de la technique financière. Les parités ont été arrêtées. Si tout va bien, la fusion GDF-Suez devrait être réalisée ” au tout début de l’année prochaine “, selon Bercy. La Caisse des dépôts devrait prendre entre 3 % et 6 % du nouvel ensemble, afin de donner à la puissance publique les fameux 40 % souhaités par Nicolas Sarkozy. Reste après à faire vivre ce mariage, à oublier les désaccords profonds qui ont divisé les deux directions, à faire cohabiter des cultures si différentes et des hommes, dont on n’a pas beaucoup parlé pendant ces si longs vingt mois.

Auteurs : MARTINE ORANGE AVEC LAURENCE BOISSEAU